Ksar d'Aït Ben Haddou étagé sur sa colline, maisons en terre, palmeraie au pied et grenier fortifié au sommet
Guides du désert

Ksar d’Aït Ben Haddou : que voir et comment comprendre ce village de terre

On repère Aït Ben Haddou de loin : une colline ocre couverte de maisons, de tours et de remparts en terre, un grenier fortifié au sommet et un oued à ses pieds. C’est le ksar le plus célèbre du Maroc, inscrit au patrimoine mondial depuis 1987 et décor de cinéma depuis des décennies. Derrière la carte postale, il y a un vrai village bâti en terre et en bois, conçu pour se défendre, stocker le grain et vivre au plus près de l’eau. Ce guide explique ce qu’il est vraiment, comment il est organisé, comment on le construit et l’entretient, ce que le séisme de 2023 lui a fait et comment le visiter sans se presser.

L’essentiel

Aït Ben Haddou est un ksar, c’est-à-dire un village fortifié en terre, dans la vallée de l’Ounila, sur le versant sud du Haut Atlas, à environ 180 km de Marrakech (3 h 30 de route). L’Unesco l’a inscrit en 1987 et y voit une synthèse parfaite de l’architecture de terre du Sud marocain. Le séisme de 2023 ne l’a que légèrement touché. On le visite en traversant l’oued à pied et en montant par les ruelles jusqu’au grenier du sommet, de préférence tôt le matin ou en fin de journée.

PhotosLes photos de ce guide sont de Mustapha AIT ISHA, guide touristique agréé, prises lors de ses circuits dans le Sud marocain.

Qu’est-ce que le ksar d’Aït Ben Haddou ? 

Beaucoup d’excursions parlent de « la kasbah d’Aït Ben Haddou », mais ce n’est ni un château ni une kasbah unique. C’est un ksar (au pluriel, ksour) : un village fortifié bâti en terre, où les maisons se serrent à l’intérieur d’un rempart renforcé de tours d’angle. C’est ainsi que le décrit la fiche de l’Unesco, qui le présente comme le ksar le plus connu de la vallée de l’Ounila, sur le versant sud du Haut Atlas, et rappelle qu’il fut un comptoir sur la route reliant l’ancien Soudan à Marrakech.

Il a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en 1987 pour deux raisons. C’est un exemple éminent des ksour du Sud marocain, qui réunit les principaux types de constructions en terre attestés depuis le XVIIe siècle dans les vallées du Drâa, du Todgha, du Dadès et du Souss. Et c’est le témoin d’un habitat traditionnel devenu vulnérable face aux mutations économiques et sociales.

Quant au nom, aït est un mot amazigh qui signifie « ceux de » ou « les gens de », très courant dans les noms de villages et de tribus de l’Atlas. Aït Ben Haddou veut donc dire « les gens de Ben Haddou ».

Ksar d'Aït Ben Haddou sur sa colline, avec ses maisons en terre, palmiers et jardins au pied, au coucher du soleil
Le ksar grimpe des jardins jusqu’au sommet de la colline, couronné par le grenier fortifié.
Ksar d'Aït Ben Haddou sur sa colline, avec ses maisons en terre, palmiers et jardins au pied, au coucher du soleil

Ksar, kasbah, agadir : les mots du Sud marocain 

Le Sud marocain a son propre vocabulaire, et le connaître change la façon de regarder chaque village sur la route. Il y a de quoi faire : selon le Getty Conservation Institute, le sud du pays compte plus de 3 000 ksour historiques et environ 400 kasbahs.

Ksar pl. ksour
Village fortifié en terre, avec rempart et tours, où vivait toute une communauté avec ses espaces communs : mosquée, place, grenier. Aït Ben Haddou en est un.
Kasbah
Demeure fortifiée d’un caïd, représentant du pouvoir local, ou d’une famille notable. Elle peut être isolée ou se trouver dans un ksar, et se reconnaît souvent à ses tours d’angle.
Agadir
Grenier collectif fortifié, où chaque famille gardait son grain et ses biens, à l’endroit le plus facile à défendre.
Pisé
Terre humide tassée par couches dans un coffrage en bois que l’on remonte à mesure que le mur s’élève. Il donne des murs épais et massifs.
Adobe
Brique de terre crue séchée au soleil. Elle permet des murs plus fins et les motifs géométriques qui ornent le haut de nombreuses tours.
Maisons et tours en terre d'Aït Ben Haddou, aux petites fenêtres et aux murs en briques d'adobe
Tours et maisons en terre : les briques d’adobe dessinent le haut des murs.
Maisons et tours en terre d'Aït Ben Haddou, aux petites fenêtres et aux murs en briques d'adobe

Le ksar en coupe, de l’oued au sommet 

L’Unesco énumère les espaces communs d’Aït Ben Haddou : une mosquée, une place publique, des aires de battage des céréales hors des remparts, une fortification et un grenier en haut du village, un caravansérail, deux cimetières (musulman et juif) et le sanctuaire du saint Sidi Ali ou Amer. Nous avons placé les principaux sur une coupe schématique, dans l’ordre où on les découvre en montant.

Le ksar en coupe 1234567
  1. 1L’oued : l’Ounila, qui irrigue les jardins et peut monter après de fortes pluies.
  2. 2Jardins et palmeraie : la rare terre fertile, au bord de l’eau.
  3. 3Aires de battage : pour séparer le grain, hors des remparts.
  4. 4Rempart et tours : l’enceinte défensive, flanquée de tours d’angle.
  5. 5Maisons et kasbahs : serrées sur la pente ; les kasbahs sont les demeures fortifiées des familles notables.
  6. 6Mosquée et place : les espaces communs du village.
  7. 7Agadir : le grenier collectif fortifié, au point le plus haut et le plus sûr.

Schéma sans échelle. Hors schéma, l’Unesco cite aussi un caravansérail, deux cimetières (musulman et juif) et le sanctuaire de Sidi Ali ou Amer. Source : Unesco, Centre du patrimoine mondial.

Tout obéit à l’eau et à la défense. Dans les oasis du Sud, la terre cultivable est rare et longe l’oued : les jardins occupent le fond de la vallée et les maisons grimpent sur la pente, à l’abri du rempart. Tout en haut, à l’endroit le plus sûr, se trouve le grenier collectif, car c’est la récolte qu’il fallait protéger avant tout.

Maisons et tours en terre au bord d'une palmeraie et du large lit d'un oued dans le Sud marocain
Dans les oasis du Sud, les maisons en terre bordent l’oued et sa palmeraie, laissant la terre fertile aux cultures.
Maisons et tours en terre au bord d'une palmeraie et du large lit d'un oued dans le Sud marocain

Comment on bâtit un village en terre 

Les murs d’Aït Ben Haddou sont faits de la terre de la vallée elle-même. Pour le pisé, on tasse la terre humide par couches dans un coffrage en bois que l’on déplace vers le haut à mesure que le mur monte ; l’adobe sert pour les parties plus fines et les couronnements décoratifs. Le bois est réservé aux linteaux, aux portes, aux fenêtres et aux plafonds. C’est une architecture faite de ce qui l’entoure, et c’est pour cela que le village a exactement la couleur de la montagne.

Selon l’Unesco, Aït Ben Haddou a mieux conservé son authenticité que d’autres ksour de la région : les matériaux restent la terre et le bois, le ciment n’a été utilisé qu’en quelques endroits, comme certains linteaux, et toujours caché sous un enduit de terre, et l’on veille à ce que les portes et fenêtres en bois donnant sur les ruelles ne soient pas remplacées par du métal.

Le point faible de la terre, c’est l’eau, et surtout le manque d’entretien. Un mur que l’on ne réenduit pas et que l’on ne répare pas après les pluies se défait peu à peu. L’Unesco souligne que les constructions du ksar sont très vulnérables faute d’entretien, en lien avec le départ des habitants. Le problème dépasse le Maroc : le programme de l’Unesco sur l’architecture de terre rappelle qu’en 2011 plus de 10 % des biens du patrimoine mondial comprenaient des structures en terre, et qu’environ un quart des sites en péril sont en terre.

Aït Ben Haddou après le séisme de 2023 

Le 8 septembre 2023, le séisme d’Al Haouz a frappé le Haut Atlas, et beaucoup de voyageurs se sont demandé si Aït Ben Haddou avait été détruit. Le rapport de 2024 sur son état de conservation reprend l’évaluation du Maroc : les bâtiments restaurés selon les techniques traditionnelles ont bien résisté. Un grenier, le grenier des Potiers, s’est effondré, trois des cinq tours de son enceinte ont été endommagées, sept bâtiments ont été touchés à des degrés divers et des chutes de pierres se sont produites dans la partie sud-ouest du site. Le Centre du patrimoine mondial conclut que le bien n’a été que légèrement affecté par rapport à d’autres sites.

C’est un bel argument en faveur de l’entretien traditionnel : les bâtiments soignés selon les méthodes d’autrefois sont ceux qui ont le mieux tenu.

Un patrimoine qui se vide 

Le vrai défi d’Aït Ben Haddou n’est pas le tourisme en soi, mais l’équilibre. Le même rapport note que l’usage résidentiel permanent du ksar recule tandis que les commerces et les maisons d’hôtes se multiplient, et demande de relancer les actions de revitalisation et de sensibilisation prévues par le plan de gestion 2020-2030. Une étude publiée par l’université de Coimbra ne comptait déjà plus que six familles vivant à l’intérieur des remparts.

Pour le visiteur, cela passe par quelques gestes simples :

  • Rappelez-vous que beaucoup de ces maisons sont habitées et ne sont pas des décors.
  • Demandez la permission avant de photographier quelqu’un.
  • Ne montez ni sur les murs ni sur les terrasses fermées au public : la terre s’use à chaque pas.
  • Si vous achetez, privilégiez l’artisanat fait sur place et demandez qui l’a fabriqué.

Que voir à Aït Ben Haddou 

La visite est simple à organiser et se savoure mieux sans se presser. Voici le parcours naturel, de bas en haut :

  1. Traverser l’oued. On rejoint le ksar en traversant à pied le lit de l’oued Ounila. Après de fortes pluies, le niveau peut monter : les crues font partie des risques suivis par l’Unesco.
  2. Monter par les ruelles. Les rues grimpent entre des murs de terre. Observez les portes et fenêtres en bois et les motifs géométriques des tours.
  3. Entrer dans une maison. Certaines maisons se visitent et l’accès peut être payant : prévoyez des dirhams en espèces.
  4. Rejoindre le grenier du sommet. D’en haut, tout s’éclaire : le ksar à vos pieds, l’oued, les jardins et la palmeraie.
  5. Rester pour le coucher du soleil. Sous la lumière rasante, la terre change de teinte de minute en minute. Le matin tôt, il y a aussi moins de monde.

Des guides locaux travaillent dans le ksar et connaissent l’histoire de chaque maison, ce qui aide beaucoup à comprendre ce que l’on voit. Sa silhouette vous semblera peut-être familière : elle a servi de décor à de nombreux films, dont Gladiator et Lawrence d’Arabie.

Maisons en terre, palmeraie et lit de l'oued vus à travers une arche rocheuse dans le Sud marocain
Une arche rocheuse encadre la palmeraie et les maisons en terre au bord de l’oued.
Maisons en terre, palmeraie et lit de l'oued vus à travers une arche rocheuse dans le Sud marocain

Comment aller à Aït Ben Haddou depuis Marrakech 

Aït Ben Haddou se trouve à environ 180 km de Marrakech, soit environ 3 h 30 de route par trajet. La route franchit le Haut Atlas par le col du Tizi n’Tichka, à 2 260 mètres, et sur la fin on peut bifurquer vers Telouet pour descendre la vallée de l’Ounila, l’ancienne route des caravanes du sel, en passant par la kasbah des Glaoui. C’est l’itinéraire de notre excursion à Telouet et Aït Ben Haddou depuis Marrakech.

L’aller-retour dans la journée est possible, mais la journée est longue. Si vous avez le temps, dormir sur place permet de parcourir le ksar tôt le matin ou en fin d’après-midi, avec moins de monde et une plus belle lumière.

Aït Ben Haddou est aussi la porte de la route dite des kasbahs. À une trentaine de kilomètres se trouve Ouarzazate et sa kasbah de Taourirt, ancienne résidence des caïds Glaoui devenue monument national ; plus à l’est s’ouvrent les vallées du Dadès et du Todgha, que l’Unesco cite parmi celles qui conservent les principaux types de constructions en terre. Si vous poursuivez vers le désert, notre guide sur le désert marocain, entre erg, reg et hamada vous aidera à lire les paysages de la route.

Questions fréquentes sur Aït Ben Haddou 

Qu’est-ce qu’Aït Ben Haddou ?

C’est un ksar, un village fortifié en terre de la vallée de l’Ounila, sur le versant sud du Haut Atlas marocain. Il est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1987.

Aït Ben Haddou est-il une kasbah ou un ksar ?

Un ksar : un village entier, avec rempart, mosquée, place et grenier. Une kasbah est la demeure fortifiée d’une famille notable ou d’un caïd, et un ksar peut en contenir plusieurs.

Où se trouve Aït Ben Haddou ?

Dans la province de Ouarzazate, dans le Sud marocain, à environ 180 km de Marrakech par le col du Tizi n’Tichka et à une trentaine de kilomètres de Ouarzazate.

Aït Ben Haddou a-t-il été détruit par le séisme de 2023 ?

Non. Selon l’Unesco, les bâtiments restaurés de façon traditionnelle ont bien résisté ; un grenier s’est effondré et quelques tours et bâtiments ont été endommagés, mais le site n’a été que légèrement touché par rapport à d’autres.

Des gens vivent-ils encore à Aït Ben Haddou ?

Oui, mais de moins en moins. L’Unesco note que l’usage résidentiel permanent recule au profit des commerces et des maisons d’hôtes.

Combien de temps faut-il pour visiter Aït Ben Haddou ?

À titre indicatif, une à deux heures pour traverser l’oued, parcourir le ksar et monter au grenier du sommet. Comptez davantage si vous restez pour le coucher du soleil.

Sources